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LES FONTAINES SALEES - Historique


Toute l’histoire des Fontaines Salées est dominée par le fait de la présence dans le sous-sol de nombreuses émergences d’eau minérale chlorurée sodique avec dégagements gazeux intermittents.



Des puits vieux de plus de 4000 ans

C’est à la fin du 3ème millénaire avant notre ère que des hommes, déjà sédentarisés, appartenant à la civilisation dite "néolithique" dans sa phase terminale, vont installer, dans les sables alluvionnaires de la vallée de la Cure, une série de captages d’eau minérale, réalisés au moyen de troncs de chênes évidés. L’âge de ces cuvelages a été obtenu selon deux méthodes scientifiques récentes : le radiocarbone C14 et la dendrochronologie (*1)(Vincent Bernard-CNRS-Rennes)
La mise en place de ces ouvrages – actuellement au nombre de 19 - dénote le besoin vital pour les hommes de l’époque d’une récupération abondante de l’eau pour en extraire le sel, par évaporation, condiment essentiel de la vie. Ces puits sont vieux de plus de 4000 ans ! Ils sont du 23ème siècle avant notre ère et certains ont fonctionné jusqu’à l’époque du bronze final I-II, soit au 13ème siècle avant JC, comme l’attestent quelques tessons de céramique récupérés au fond des ouvrages, et surtout les restes d’une nécropole à incinération où les fouilles mirent au jour une série d’urnes biconiques en terre noire dans lesquelles les cendres des morts avaient été soigneusement déposées.

 

Occupation du sol par les Gaulois

Les diverses pénétrations humaines venant de l’est de l’Europe, en particulier les Celtes, vont peu à peu s’amalgamer avec les populations autochtones et donner naissance à ce peuple que les auteurs antiques, grecs et romains, dénomment "gaulois".
C’est au 1er siècle de notre ère que ces Gaulois, déjà quelque peu romanisés au contact des Romains installés dans cette partie de la Gaule, érigent un sanctuaire de source constitué par une galerie circulaire, pour les processions rituelles, entourant un bassin sacré de plan rectangulaire très soigneusement appareillé, où l’eau minérale monte encore de nos jours entre les dalles. Au moment de la découverte, ce bassin recélait plus de 500 pièces de monnaie gauloises et gallo-romaines, attestant la présence du sanctuaire jusqu’au 4ème siècle après JC.

 

Des thermes gallo-romains

Au 1er siècle de notre ère fut construit un premier établissement thermal, assez rustique, comportant seulement une salle de bain chaud et une piscine. Au second siècle, qui fut celui de la plus grande prospérité, l’établissement thermal fut remanié et agrandi selon la mode romaine. On eut alors des thermes doubles où hommes et femmes venaient séparément.
Les observations archéologiques récentes menées le long de la Cure (prospections au sol et photos aériennes) confirment la présence de nombreux vestiges de l’époque gallo-romaine et on peut penser que l’établissement thermal et ses annexes constituaient une dépendance du "Vercellacus" antique, l’actuel village de Saint-Père.

 

Des barbares… au Moyen Age

Tous ces établissements furent pillés et incendiés lors des invasions barbares venues d’outre Rhin vers la fin du 3ème siècle. Jamais les Fontaines Salées ne devaient retrouver le luxe et la prospérité qu’elles avaient connus au 2ème siècle de notre ère.
Au 4ème siècle, de pauvres artisans campaient au milieu des ruines et vivaient de travaux champêtres rudimentaires ou de l’extraction du sel par évaporation de l’eau salée. On a établi que le site fut complètement déserté au 5ème siècle, aucun vestige postérieur à cette date n’ayant été retrouvé dans les ruines.
Le site était, au 9ème siècle , la propriété du comte Girart de Vienne, qui en fit don, vers 869, à l’abbaye qu’il installa dans sa villa de Saint-Père. Le comte Girart est devenu célèbre dans les chansons de geste sous le nom de Girart de Roussillon. Cette geste parle, dans le récit de la bataille de Valbeton que Girart livra au roi Charles le Chauve, des ruines qui se trouvaient au bord de la rivière auprès d’un certain perron, c’est-à-dire d’une grosse pierre, qui existe encore aujourd’hui et qui a donné son nom au lieu-dit voisin des Fontaines Salées : "La corvée du Poron". (*2)

 

La lutte pour le sel

Au 14ème siècle, un grenier à sel fut établi par le pouvoir royal à Vézelay et la gestion en fut confiée aux moines de l’abbaye. Ceux-ci s’efforcèrent dès lors d’empêcher la population de venir chercher gratuitement de l’eau des Fontaines Salées, pour en extraire le sel au détriment du grenier à sel de Vézelay et la chronique locale rapporte les escarmouches fréquentes et parfois sanglantes entre "faux sauniers" et "gabelous".
Encore aux 17ème et 18ème siècles, le pouvoir royal fit exécuter des travaux considérables aux Fontaines Salées, pour obstruer les sources, et le Conseil du Roi rendit des arrêts condamnant ceux qui venaient prendre de l’eau, malgré les gardes de la gabelle, aux galères à perpétuité.

C’est en étudiant la chanson de geste de Girart de Roussillon, du 12ème siècle, que le professeur René Louis a été amené à entreprendre sur ce site, auparavant fort peu connu, des fouilles méthodiques en septembre 1934. Ces fouilles se poursuivirent jusqu’aux années 1960 afin d’élucider ce lieu chargé d’histoire, l’un des plus riches qui se puisse trouver.


Pierre Tollard
Avril 2004

 

*1 Une première datation au C14 fut effectuée en 1959 au Laboratoire de Gif-sur-Yvette. La méthode, alors à ses débuts, donna des résultats peu cohérents et très larges : entre 2000 et 800 avant JC.
En 1985, à notre demande, deux datations C14 furent réalisées par le Bureau de Recherche Géologique et Minière ( B.R.G.M ) d’Orléans. Elles donnaient, en dates calibrées, entre 3300 et 2000 avant JC.
Enfin, en 2001, radiocarbone et dendrochronologie (Vincent Bernard - CNRS - Université Rennes 1) datèrent la réalisation de ces ouvrages entre 2309 et 2223 avant JC, à l’année près, voire à la saison près. Ils sont bien de l’extrême fin du néolithique, contemporains du campaniforme. – Voir Olivier Weller : "Les cuvelages en bois des Fontaines Salées de St Père. Recherches récentes sur une exploitation du sel de plus de 4000 ans." dans : Bulletin de la Société des Fouilles Archéologiques et des Monuments Historiques de l’Yonne, N°19 année 2002.

*2 Au lieu-dit "Le Poron", à proximité des sources, on peut observer des témoins possibles d’un ancien dolmen. C’est à côté de cette énorme pierre que fut ramassé de l’outillage lithique : pointes de flèches, racloirs, pics, lames etc., classés, en 1984, comme étant de la fin du néolithique, début chalcolithique, par Madame Christine Duchadeau-Kervazo, spécialiste au laboratoire de la Préhistoire de Périgueux, à l’occasion du congrès du cinquantenaire de la Société des Fouilles Archéologiques de l’Yonne.

 

Bibliographie :

P. Petrequin, O. Weller, Les sources salées de Bourgogne : une exploitation du sel du néolithique à l'âge du fer - Les Fontaines Salées, CNRS - Université de Franche Comté, 2000, articles de C. Souchet, V. Bernard, C. Bourquin-Mignot, Gilles Bailly, Hervé Richard

Weller (Olivier) : "Les cuvelages en bois des Fontaines Salées de St Père. Recherches récentes sur une exploitation du sel de plus de 4000 ans." dans : Bulletin de la Société des Fouilles Archéologiques et des Monuments Historiques de l’Yonne, N°19 année 2002

 

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